Le Coaching, une mode ?

Andréanne Kohler Interview

Olivier Baldacchino, 37 ans, est souriant, charmant et il court vite ! Etabli à Genève, ce coach running, membre de l’équipe de France vétérans de demi-fond ( vice-champion du monde du 800m cette année ), cofondateur de PerForm-CBS, prépare chaque année plus de 300 coureurs avec un plan d’entraînement adapté aux objectifs. Pour peaufiner le tout, il accompagne lui-même 2 à 3 grandes courses, pour suivre ses sportifs jusqu’au bout. Entretien avec un passionné.

 

Olivier, en se documentant, on trouve sur internet et dans les magazines spécialisés tout ce qu’il faut pour préparer soi-même, gratuitement, un plan d’entraînement. Quelles sont tes plus-values ?

Tout d’abord je dirais que la base d’un programme repose sur l’évaluation du niveau de performance du coureur, souvent dans les revues on trouve des plannings pour des objectifs de temps, par exemple : « plan pour faire moins de 3h30’ au Marathon ». Si c’est l’objectif de la personne, il faut tout de même être sûr de pouvoir se lancer sur ce rythme. Ensuite, l’expérience me montre que rarement un programme d’entraînement est parfait de bout en bout, il nécessite des ajustements, des changements en fonction du ressenti et des résultats du coureur, c’est ce que je peux apporter en suivant l’avancé dans le programme. Puis en dernier lieu je dirai qu’il y a le contenu qui souvent est trop généraliste, quand on voit par exemple des propositions de sorties longues de 2h pour un marathonien, ça fait 28 km pour un coureur qui vise moins de 3h mais seulement 21 km pour celui qui vise 4h. Contrairement à ce que l’on pense et je le dis très souvent, les programmes sur internet s’adressent à des coureurs déjà très expérimentés qui peuvent ajuster très précisément le planning à leur ressenti mais pour des novices je déconseille de se lancer dans des distances longues avec ce genre de préparation.

 

A quoi ressemble la journée de travail d’un coach professionnel ?

Ca dépend du coach..ahaha !

Alors mon travail se divise en 4 parties :

  • Le coaching de terrain, en individuel ou en séances collectives, la plupart du temps je cours avec mes clients.
  • L’évaluation de condition physique, c’est la base de ma prise en charge, tous mes clients doivent se soumettre à un test d’effort pour déterminer le niveau de départ ( mesure des gaz respiratoires pendant un effort d’une vingtaine de minutes )
  • La planification et le suivi de l’entraînement, pour cela je fonctionne avec des programmes que je partage avec mes clients par mail, ils peuvent me contacter quand ils veulent pour me demander des conseils ou des précisions ou simplement me faire part de leur ressenti.
  • La consultation qui se développe de plus en plus, les gens prennent RDV pour avoir mon avis sur leur possibilité ou simplement sur un projet de course.

 

T’arrive t’il de dire à un client que son objectif n’est pas réaliste, voir pas réalisable du tout ?

Ah oui il faut absolument ! Ca fait partie de mon rôle. Je me fixe des limites, par exemple je ne prends pas en charge des coureurs qui souhaitent aller explorer des distances plus longues que le Marathon, donc quand j’ai une demande à ce sujet je refuse de coacher la personne. Dans mon métier on doit prendre en considération le bien et le mal et à partir de certaines distances je considère que les coureurs se font plus de mal que de bien, donc je ne veux pas les aider à aller dans cette direction. Ensuite en terme de chrono il faut dire la vérité aux coureurs, je ne suis pas devin et quelque fois j’ai été agréablement surpris par des progressions fulgurantes, tant mieux d’ailleurs, mais je sais évaluer le temps qu’il faut pour arriver aux différents niveaux, donc je ne ferme pas la porte aux grands objectifs mais il faut avertir le coureur sur le temps qu’il devra investir et sur le chemin qu’il devra parcourir pour parvenir à ses rêves. J’aime bien être à la limite du « pas réalisable » mais pas plus.

 

Comment gères-tu l’échec d’un coureur ?

Il faut bien considérer que ça fait partie de la vie du sportif, j’ai appris que l’échec est plus présent chez le sportif que la réussite. J’ai décidé de m’éloigner du coaching des sportifs de haut niveau justement pour cela, car un élite s’attribue généralement à lui-même ses réussites mais transfert par contre ses échecs sur son encadrement, à force c’est agaçant. Chez un coureur populaire l’échec est toujours relatif même si les gens investissent pas mal de leur temps dans cette passion, on arrive généralement à prendre de la distance et à faire passer les objectifs chronométriques au second plan. Je me bats pour que les coureurs suivent à la lettre mes recommandations notamment en termes de vitesse de course et c’est mon plus grand défi pour les années à venir : convaincre les coureurs de m’écouter et de partir au rythme que je conseille car pour le moment, la majeure partir des échecs des coureurs réside dans le fait de partir trop vite ! Si tu parles des échecs d’arriver au bout d’une course : en 15 ans de coaching je n’ai pas connu ça, tout le monde a toujours terminé sa course… Pour terminer je te dirai que j’aime l’échec car il m’a chaque fois permis de progresser et de proposer mieux pour la fois d’après, il me permet de cerner encore mieux une personne et de m’adapter à elle pour sa planification mais aussi par rapport à l’approche de l’évènement.

 

Choisir sa course, surtout en longue distance, n’est pas toujours facile. Quels sont tes conseils pour que le client trouve le parcours qui lui convient ?

Je dirai que la 1° raison est purement émotionnelle, il faut beaucoup de motivation pour préparer un évènement longue distance car la préparation dure plusieurs mois. Je pense donc qu’il faut pouvoir se projeter dans la course à réaliser avec beaucoup de plaisir. Je prendrai l’exemple des coureurs qui se lancent pour la 1° fois sur un marathon et qui choisissent NYC, on sent vraiment que la dimension de cet évènement agit sur la motivation du coureur, le parfum est différent que de se lancer dans le marathon qui se court dans sa ville. Ensuite je dirai que la période est primordiale, même si je ne coache pas des coureurs professionnels, la préparation prend tout de même du temps et occupe l’attention, il faut donc pour cela être sûr de programmer la course dans une période réaliste et qui permet de se centrer un minimum sur soi. Ensuite pour la période il y a aussi la saison, j’encourage de moins en moins les coureurs à préparer des marathons de printemps car c’est difficile de passer à travers l’hiver, le ski … Quand il faut faire des longues sorties en plein hiver c’est compliqué. Personnellement, quand je cherche une course, je regarde toujours le nombre de classés l’année précédente et le chrono des premiers, ça me donne une bonne idée.

 

Et pour terminer, par curiosité…en %, peux-tu nous dire combien de tes clients ont cette année atteint leurs objectifs ?

Confidentiel….

Non je plaisante mais ce n’est pas équivalent chaque année, car cela dépend beaucoup des conditions que l’on a eu et plus les distances préparées sont longues plus nos temps sont vulnérables en fonction des conditions climatiques. Cette année par exemple j’avais un groupe prêt comme jamais pour le marathon de Chicago mais malheureusement le jour J il a fait juste un peu trop chaud et plus de la moitié des coureurs ont manqué leur objectif chronométrique. Sur des distances courtes, je dirai que généralement 80 à 90% des gens atteignent leur objectif. Pour les longues distances, je pourrai te donner le même pourcentage mais en trichant un peu car bien souvent il faut s’y reprendre à 2-3 fois pour y arriver.

Plus d’informations sur www.perform-cbs.ch